H-3 pour L’état de Grace

A quelques heures de la diffusion, une dernière petite revue de presse. On peut féliciter France 2, je pense qu’il n’y a pas un journal qui n’ait pas parlé de l’Etat de Grace

Ce matin, on pouvait donc lire 2 avis contraires, l’un dans Libération : Mme la Présidente est la plus belle. Un peu sarcastique, reproche le manque de crédibilité, le côté caricatural et la réalisation. Mais félicite Anne Consigny pour son interprétation de Grace et le fait de s’attaquer à un sujet comme celui là

(…) Grace Bellanger est non seulement la première femme chef d’Etat mais aussi une élue atypique, jeune (41 ans tout juste), issue du monde associatif et non des partis, qui prend des leçons de tango et va tomber enceinte dès les premiers mois de son mandat.

Pas très crédible mais, comme le ton est à la fable humoristique, pourquoi pas… Plus gênante en revanche est la propension de Gaget et du réalisateur Pascal Chaumeil à faire le malin à grands coups de poses auteuristes (genre les seconds rôles s’adressent en aparté à la caméra) et de plaisanteries fines pour initiés du microcosme médiatique parisien tout en ouvrant grand les vannes de la démagogie. (…)

Bref, n’en déplaise à notre sens civique, on serait plutôt enclin ce soir à l’abstention, du moins télévisuelle. Dommage, car L’état de Grace sait par ailleurs toucher juste quand il moque les stratégies alambiquées de la communication politique. Dommage surtout pour Anne Consigny, vraiment gracieuse (sans jeu de mots) en présidente fragile mais ferme, et que l’on n’attendait pas aussi à l’aise dans le registre de la comédie.

Avis contraire dans le Figaro : Les charmes de la Présidence, qui nous rappelle le buzz généré par l’état de Grace, fait exceptionnel bien que risqué pour France 2. Le Figaro se félicite des thèmes abordés, du “décryptage” des coulisses de la communication politique, et du réalisme global de la série. Réalisme qui s’est appuyé sur les témoignages d’Elisabeth Guigou, Anne Hidalgo, Clémentine Autain, ou encore Christophe Barbier (rédac’chef de l’Express).

Pour autant, sous ses dehors de comédie «pétillante», selon le terme de la productrice Sophie Revil (Escazal films) et de son ton humoristique, L’État de Grace est très habile et frappe juste en abordant des thèmes importants de la société comme le droit au logement, les rapports de pouvoirs entre la presse et les politiques – l’équipe de Grace envisage de «passer» des infos au Canard Enchaîné, négocie avec Le Monde, Libération et Le Figaro, sollicite Fogiel – ainsi qu’entre les hommes et les femmes ; le désarroi et la jalousie des premiers face à la montée en puissance des secondes – le premier ministre de Grace, Victor Tage (André Marcon) fait tout pour lui scier la branche et prendre sa place ; l’importance de la communication et de la médiatisation dans la politique – Xavier fait les frais d’un magazine «people». D’ailleurs, et ce n’est pas innocent, c’est Christophe Barbier, actuel directeur de la rédaction de L’Express et longtemps journaliste politique, qui a été choisi pour être consultant sur la série (…)

Anne Consigny, qui signe ici son vrai premier rôle pour la télévision, est épatante et totalement crédible comme tout ceux qui l’entourent. Il faut également citer Zinédine Soualem, son conseiller spécial, Yves Jacques, le secrétaire général de l’Élysée ou Martine Chevallier, sa maman collante. Le réalisateur, Pascal Chaumeil, a apporté un rythme et un ton nouveau (les personnages parlent à la caméra) et on passe un très bon moment en regardant les aventures de Grace. Quant à à l’impact que L’État de Grace pourrait avoir sur le vote des Francais, ce serait peut-être lui donner un peu trop d’importance…

On notera enfin l’appréciation de Télérama concernant l’état de Grace :

(…) Pur fantasme ou simple anticipation ? Une chose est sûre, le scénario, écrit bien avant l’entrée en lice médiatique de Mme Royal, mise sur l’air du temps et s’empare d’idées qui font débat aujourd’hui : le droit au logement, le développement durable, la place des pays émergents dans le concert des nations.

Cette sémillante Grace Bellanger, issue du militantisme associatif, a renvoyé dos à dos les professionnels de la politique, de droite comme de gauche, mais se coltine une cohabitation musclée avec un Premier ministre vindicatif (André Marcon en Machiavel) et la pression constante de sa garde rapprochée qui voudrait la faire gouverner au fil des sondages. Tout en multipliant les fils narratifs, la série s’affirme d’abord comme une rocambolesque comédie où l’exercice du pouvoir (du discours des cent jours à la visite à l’ONU) est souvent envisagé sous l’angle des couacs et des ratages.

Irréaliste, sans doute… L’effet de réel est pourtant là tant les sentiments de la présidente sont éprouvés avec une belle aisance par Anne Consigny. (…)

A ce soir !

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